Le principe
Les praticiens partent d'un phénomène bien réel : le corps s'adapte sans arrêt à son environnement. En altitude, l'air contient moins d'oxygène et l'organisme fabrique davantage de globules rouges pour compenser. Une fois redescendu en plaine, la production revient à la normale.
La méthode va plus loin, et c'est là que commence l'hypothèse. Un choc émotionnel déclencherait le même type de réponse qu'un manque physique. Quelqu'un qui s'est senti « manquer d'air » face à un événement réagirait comme si l'air manquait vraiment. En séance, on cherche l'émotion en jeu pour lui trouver une autre issue.
Le langage courant sert souvent de point d'entrée : « j'en ai plein le dos », « je ne digère pas la situation ». Sur la suite, les praticiens ne sont pas d'accord entre eux. Certains associent chaque organe à un type de conflit, comme dans un dictionnaire. D'autres affirment qu'aucune correspondance ne vaut pour tout le monde, parce que chacun réagit selon son âge, son histoire et ses croyances.
D'où vient la méthode
Les concepts fondateurs naissent dans les années 1980 avec la « Médecine nouvelle germanique » du médecin allemand Ryke Geerd Hamer, reprise ensuite par Claude Sabbah sous le nom de « Biologie totale des êtres vivants ».
En 1994, Christian Flèche formalise le décodage biologique. Il le présente comme une thérapie brève : on y cherche le ressenti vécu lors d'un événement conflictuel, celui qui aurait précédé l'apparition d'un symptôme. La méthode a depuis été diffusée par ses écoles en France et à l'étranger, aussi sous le nom de biodécodage.
La biologie émotionnelle prolonge cette approche. Le terme met en avant l'écoute des émotions et du ressenti corporel plutôt que l'explication des maladies. De nombreux praticiens disent avoir pris leurs distances avec les théories de Hamer. En 2023, Rue89 Bordeaux en a rencontré cinq, qui l'affirmaient tous.
Les différentes approches
La biologie émotionnelle : l'accent est mis sur l'écoute des émotions et du ressenti corporel.
Le décodage biologique (ou biodécodage) : la méthode de Christian Flèche, qui cherche le ressenti lié à un symptôme.
La biologie totale : le courant de Claude Sabbah, issu des théories de Hamer.
La médecine nouvelle germanique : la théorie de Hamer, qui prétend expliquer et soigner les maladies graves.
La psychogénéalogie : un travail sur l'histoire familiale, souvent associé aux séances.
Le nom ne dit pas grand-chose de la pratique réelle. Certains praticiens se présentent comme un complément à la médecine, d'autres prétendent expliquer ou guérir une maladie à sa place.
Pourquoi on consulte
Selon ce que présentent les praticiens, les demandes portent surtout sur :
- des angoisses ou des peurs qui reviennent ;
- des blocages qui se répètent dans la vie personnelle ou professionnelle ;
- des difficultés familiales ou de couple, et ce qui se transmet d'une génération à l'autre ;
- un deuil, une séparation, une perte ;
- le besoin de parler pour vivre avec un diagnostic ou un traitement long ;
- un complément à une rééducation ou à un suivi sportif.
La méthode ne convient pas en cas d'urgence, de troubles psychiatriques sévères sans suivi médical, ni comme alternative à un traitement.
Comment se passe une séance
La séance a lieu en face à face, par téléphone ou en visioconférence. On reste assis et on parle, sans manipulation ni soin du corps. La durée n'obéit à aucune norme. Certains praticiens annoncent environ 1 h 30 pour une première rencontre.
Le déroulé souvent décrit compte quatre temps :
- Comprendre à quoi sert, biologiquement, la fonction du corps concernée.
- Identifier le besoin qui n'a pas pu être satisfait.
- Repérer les émotions en jeu : peur, culpabilité, honte, sentiment de rejet, interdit de s'exprimer.
- Relâcher cette charge émotionnelle et chercher une façon plus apaisée de s'adapter.
Les praticiens se distinguent d'une psychothérapie classique par le point de départ : les sensations du corps, plus que l'analyse.
Ce qu'en disent la science et les autorités
Le lien entre stress et santé est établi. Un stress qui dure agit sur le sommeil, la digestion, la tension artérielle ou l'immunité. La médecine psychosomatique étudie ces liens depuis des décennies.
Le décodage biologique avance une idée bien plus précise : un conflit donné provoquerait une maladie donnée dans un organe donné. Ce lien n'a jamais été démontré. Nous n'avons trouvé aucune étude clinique publiée qui le valide, et la médecine conventionnelle ne reconnaît pas la méthode.
En France, la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) range le décodage biologique parmi les méthodes dites « psychologisantes » dans son guide Santé et dérives sectaires, publié en 2012 et mis à jour en 2018. En 2021, elle a reçu 744 saisines liées à la santé, dont 70 % visaient des pratiques de soins non conventionnelles. Son rapport cite le décodage biologique parmi les pratiques qui touchent les malades du cancer (Le Quotidien du médecin, 2022).
Précautions
N'arrêtez jamais un traitement médical sans l'accord de votre médecin. Lui seul peut poser un diagnostic.
Certains risques sont propres à cette méthode.
Relier une maladie à un conflit intérieur peut amener la personne à se sentir responsable de son mal. La Miviludes cite la culpabilité du patient parmi les ressorts des méthodes « psychologisantes ».
Les tables qui associent un symptôme à un conflit précis ne reposent sur aucune donnée vérifiée.
Pour les maladies graves, la Miviludes signale des malades détournés de leur traitement, en particulier des personnes atteintes d'un cancer.
La recherche d'un « événement source », dans l'enfance ou chez les ancêtres, conduit à réinterpréter l'histoire familiale. Le guide de la Miviludes classe les « faux souvenirs induits » parmi les dérives à surveiller.
Questions fréquentes
Biologie émotionnelle et décodage biologique, c'est la même chose ? Les deux noms désignent souvent la même pratique. Le premier insiste davantage sur l'écoute des émotions.
Peut-elle remplacer un traitement ? Non. Elle peut accompagner un parcours médical, pas s'y substituer.
Combien de séances faut-il ? Il n'existe pas de norme. Mieux vaut fixer un nombre de séances au départ et faire le point ensuite.
Peut-on consulter à distance ? Oui. Tout passe par la parole, donc certains praticiens consultent par téléphone ou en visioconférence.
Faut-il « croire » à la méthode pour consulter ? Non. On peut y voir un simple espace pour parler de ce qu'on ressent, sans adhérer à ses théories.
Synthèse
Ce qui est confirmé
- Le stress prolongé influence la santé physique.
- Le décodage biologique a été formalisé par Christian Flèche en 1994, à partir des théories de Hamer et de Sabbah.
- La Miviludes classe la méthode parmi les pratiques à surveiller.
- C'est une pratique par la parole, qui ne pose pas de diagnostic.
Ce qui est probable
- Un temps d'écoute peut aider certaines personnes à mettre des mots sur leurs émotions, comme d'autres accompagnements par la parole.
Glossaire
- Sens biologique : la fonction d'adaptation qu'un symptôme remplirait selon la méthode.
- Conflit : situation à laquelle la personne n'a pas pu s'adapter, vécue avec une forte charge émotionnelle.
- Homéostasie : capacité du corps à maintenir son équilibre interne.
- Psychogénéalogie : étude de l'histoire familiale et de ce qui se transmet entre générations.
- Miviludes : Mission interministérielle française de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.
1 praticien(s)